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The Last Peony

Mickaël Parkes, The last Peony

Retrouvailles

Dans la bibliothèque de l’ancienne Byzance

Temple de la mémoire, Palais de connaissance,

J’ai retrouvé la trace dévorée par l’Histoire

D’un parchemin d’alliance qu’un rayon m’a fait voir

Ton nom était gravé d’une encre exténuée

À côté de mon nom de trois point confirmé

Le récit de l’errance courrait avec fierté

D’un passé déchirant aux âmes réconciliées

C’est en sortant la plume de sa captivité

Que j’ai converti l’encre en sang sur le papier

 

Nous avons emprunté, vous en souvenez-vous

Le chemin rocailleux qui conduit au château

Et traversé ce pont qui vibrait de partout

Avant de pénétrer dans la chambre du haut

Pour plonger sur un lit comme deux amants fous.

Vous dévoriez mes lèvres glissant à demi-mot

Au creux de mon oreille votre souffle aigre-doux

Pendant que je griffais des ongles votre dos

Et que vous chuchotiez : « J’ai tant envie de vous ».

 

Les parfums de jasmin glissaient sur votre peau

Mon drapeau s’érigeait quand s’ouvraient vos genoux

Gonflant votre rubis libéré de l’enclos,

Vous rougissiez, mon cœur, des pieds jusqu’aux joues ;

J’ai glissé lentement l’épée dans le fourreau

Vous m’affoliez de tendres baisers dans le cou

Fermant les yeux, ouvrant la bouche presque aussitôt

Un brasier s’allumait sous mon ventre jaloux

Et jaillissait en flot de sève et de sirop.

 

Mais nous avons subi la haine et le courroux

Des grands inquisiteurs, le pire des fléaux

Ils nous ont séparés, jetés au fond d’un trou

Réduit sans discussion notre amour en lambeaux

Projetés dans l’exil à mille lieues de tout

Enchaînés par les pieds, poussés dans un bateau

Nous nous sommes perdus, je suis devenus fou

J’ai crié votre nom au ciel et aux oiseaux

Et depuis cinq cent ans je vous cherche partout.

 

Après avoir longtemps erré comme un vieux loup

Du plus chaud de l’Espagne à l’Empire ottoman

Après avoir cent fois risqué la corde au cou

Et cent fois traversé les barrières du temps

Je vous retrouve enfin et mélange avec vous

Le feu, le vent, le sable, le vin, le miel et l’eau

J’ai attendu cinq siècle pour sortir de la boue

Et cueillir sur vos lèvres la promesse d’un cadeau

Plus jamais, je le jure, je n’aimerai à genoux.

 

Les anges désormais se mélangent en nous

Je dépose à vos pieds la douleur des fardeaux

Vous me criez « Courage! » et je vous dis « Debout! »

Le temps est aboli où je risquais ma peau

À clamer mon amour en hurlant comme un fou

Exigeant des étoiles qu’elles répondent en écho

Je décide aujourd’hui en accord avec vous

Sous le regard des astres et au-delà des mots

De nous extraire enfin de l’éternelle roue.

Fortune-tarot_Isabelle_Cardinal

Isabelle Cardinal, Roue de Fortune.

Georges Colleuil, Tarot – Les deux infinis – Voyage intime au fil des Lames.

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